Louis Delétraz, les 24 Heures du Mans entre virtuel et réel
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Louis Delétraz, les 24 Heures du Mans entre virtuel et réel

En juin 2020, Louis Delétraz a remporté la première édition des 24 Heures du Mans Virtuelles avant même de participer à la vraie course trois mois plus tard, puis de connaître une belle ascension en endurance, notamment marquée par le titre LMP2 de l’European Le Mans Series 2021. Retour sur cette insolite double expérience sarthoise, avant que le jeune Suisse ne remette son titre « virtuel » en jeu ce week-end en compagnie Nikodem Wisniewski et Kuba Brzezinski, ses deux coéquipiers sim racers de 2020, ainsi que de l’Argentin Augustin Canapino, qui succède à Raffaele Marciello.

Si les simulateurs sont aujourd’hui pour les pilotes professionnels des outils de travail quotidien, les 24 Heures du Mans Virtuelles leur ont offert une toute autre dimension. Avec, pour Louis Deletraz, la singularité de découvrir le circuit, certes virtuellement, mais dans le cadre d’une véritable compétition : « Pour moi, les 24 Heures Virtuelles ont été une belle préparation, car il y avait un vrai rythme de course, avec le fait de dormir, la récupération… Finalement, nous avons fait tellement de kilomètres que le virtuel et la réalité sont assez proches, surtout qu’ensuite, j’ai disputé mes premières vraies 24 Heures en LMP1 (sourire). Ce fut bien sûr très satisfaisant de l’avoir gagnée car il s’agissait du plus gros événement esport au monde, ce fut une fierté de l’avoir fait avec Rebellion Racing. »

La spécificité des 24 Heures du Mans Virtuelles, qui associe deux pilotes professionnels à deux sim racers, a toutefois exigé pour cette victoire une préparation spécifique : « Le but d’un pilote professionnel pour les 24 Heures Virtuelles est avant tout d’être le plus proche possible des sim racers, raconte Louis Delétraz. Raffaele Marciello et moi-même nous sommes donc entrainés intensivement avec Kuba et Nikodem, nos deux coéquipiers sim racers. Le travail de concentration est également très différent. Dans une vraie voiture, on ressent son comportement avec le corps, tandis que sur un simulateur, tout passe par les yeux. En virtuel, on ressent vraiment la fatigue sur des doubles, triples ou quadruples relais car c’et très différent de ce que je fais normalement. C’était très différent aussi quand nous avons gagné. Bien sûr, on est très heureux, mais la célébration est très courte, il n’y a ni podium, ni accolades avec les coéquipiers et l’équipe, ni champagne. »

Par la suite, Louis Delétraz s’est rapidement imposé comme l’un des jeunes talents en vue de l’endurance. Après ses premières 24 Heures du Mans en septembre 2020, toujours chez Rebellion Racing (LMP1), il passe en 2021 chez Team WRT tout près d’une victoire LMP2 perdue sur un abandon dans le dernier tour. « Au Mans, en 2020, j’avais beaucoup à découvrir, j’avais la chance d’avoir un coéquipier aussi expérimenté que Romain Dumas (vainqueur en 2010 et 2016, ndlr), ainsi que Nathanaël Berthon, qui comptait lui aussi plusieurs participations aux 24 Heures, poursuit le pilote suisse de 24 ans. Tous deux m’ont beaucoup appris car, pour dire la vérité, dans mes premiers tours, je me suis demandé ce que je faisais là. Pourtant, je connais les voitures rapides, ayant roulé dans des Formule 1, mais au Mans, c’est tout de même 350 km/h en ligne droite et ça passait aussi très fort dans les virages Porsche. Tout s’est finalement bien passé, l’équipe m’a fait confiance pour les qualifications mais en fin de course, nos problèmes de freins et d’embrayage nous ont coûté le podium. Mais cette première participation a en quelque sorte facilité mon arrivée en LMP2, où le plateau est certes moins rapide mais très compétitif. » Chez Team WRT, il expérimente également l’une des clés de la réussite en endurance : l'homogénéité d'un équipage, dans une collaboration fort différente du travail à distance des 24 Heures Virtuelles: « Avec Robert (Kubica, ndlr) et Yifei (Ye, ndlr), c’était fantastique quand on sait à quel point l’ambiance au sein d’un équipage est aussi importante qu’une bonne voiture, confirme Louis Delétraz. Avec Robert, nous nous saluions dans le paddock de la Formule 1 à l’époque où je roulais en F2, mais nous nous sommes tout de suite très bien entendus quand nous nous sommes rencontrés, nous avons tous les deux la passion du sport automobile et l’envie de gagner. Yifei est plus jeune, avec un peu moins d’expérience, mais il est rapide et c’est très facile de travailler avec lui. Il n’y avait pas d’ego et ce qui, à mon avis, a rendu les choses aussi faciles. »

Entre victoire aux 24 Heures Virtuelles avec Rebellion Williams Esports en 2020 et titre LMP2 en European Le Mans Series avec Team WRT en 2021, le tout récent parcours de Louis Delétraz en endurance brouille en quelque sorte la frontière entre sport automobile virtuel et réel : « Le sport automobile virtuel se complète très bien avec le réel, car ces deux mondes ne peuvent pas vivre aujourd’hui l’un sans l’autre, d’autant plus que pratiquer le sport automobile dans le monde réel coûte très cher, et le sim racing ouvre de nouvelles opportunités pour vivre du sport automobile. », conclut-il avant de partir ce week-end en quête d’une deuxième victoire aux 24 Heures du Mans Virtuelles, puis de disputer un double programme en Championnat du Monde d’Endurance et aux Etats-Unis en IMSA WeatherTech Sports Car Championship.

PHOTOS : 24 HEURES DU MANS 2020 & 2021 – De haut en bas : l’Oreca 07 de Rebellion Williams Esports avec laquelle Louis Delétraz a remporté la première édition des 24 Heures du Mans Virtuelles 2020 ; Louis Delétraz aux commandes de son simulateur, avec la Rebellion de ses premières 24 Heures du Mans en 2020, et au volant de l’Oreca de Team WRT en 2021.